le tabou de la mort en Occident

15 novembre 2004

A travers ce sujet, j’ai voulu comprendre pourquoi j’ai toujours eu si peur de la mort. Mort que je n’acceptai nullement et qui me perturbait jusque dans mes rêves. J’ai dû pour cela parler de mon histoire, parler de moi afin de donner corps aux idées qui flottaient et hantaient mon imagination.
A travers ce « voyage » dans mon histoire, je parle de la société dont je fais partie, cette société qui m’a éduquée, conditionnée…
J’ai envie de dénoncer cette société qui éprouve malaise, peur et angoisse face à la mort et qui, pour s’en défendre, en a fait un tabou.

Je sais que ce sujet a son aspect gênant, ennuyeux et perturbant mais je cherche avant tout une sorte de vérité afin de pousser les limites des tabous sociaux. C’est un travail de mémoire que je tente, une visite du passé, de la vie en morceaux, avec le temps pour témoin, comme soutien, comme confirmation. Et pour que ceci prenne sa pleine mesure, j’ai choisi de le traiter principalement avec la photographie car, comme me l’a fait si bien comprendre Raymond Depardon « chaque seconde est chaque seconde ».
Faire une photo n’est pas un moment plus privilégié ou plus décisif qu’un autre. Peut-être y a t-il un rapport avec la mémoire, le temps… ou une lutte contre la mort. Est-ce parce que j’ai peur de vieillir ou est-ce qu’au contraire, je suis attirée par la vieillesse, la mienne? Est-ce une certaine jouissance, un vertige?…
Presque tout le monde a peur de la mort, du temps qui passe, tout le monde dans la culture occidentale, urbaine, de la fin du XXe siècle… Enregistrer des moments, c’est peut-être la meilleure façon de ne pas avoir peur.

La photographie est liée à la mémoire, elle a un rapport très fort avec le temps.

Ainsi je soustrais cette terreur de ses sources légitimes pour la mener jusqu’à mes propres résultats plastiques aussi légitimes. J’essaie de découper le discours de la société pour dévoiler la vérité que ce discours recèle, travesti, dissimule…